Ce sujet me semble crucial pour l'avenir du web et plus généralement du numérique, c'est pourquoi je me devais d'écrire un billet dessus.

Un système informatique est constitué de multiples composants communicant entre eux, chacun ayant un rôle particulier. Pour que deux composants puissent se comprendre (et pouvoir interopérer), il est nécessaire de définir un protocole, ou format, compris par les deux parties. Cela peut aussi bien être un protocole de communication (par exemple de quelle manière un ordinateur client doit demander de lire une page web située sur un serveur) qu'un format de stockage (par exemple comment sera stockée un morceau de musique, un texte mis en forme...).

On a l'habitude d'utiliser le format ou protocole imposé par le logiciel utilisé. Par exemple, il est commun d'enregistrer ses dossiers dans des fichiers .doc, le format propriétaire de Microsoft Word. C'est là que se situe le danger, et c'est là que je veux en venir avec ce billet. Les formats ou protocoles propriétaires sont souvent complètement fermés et ne peuvent être utilisés que par les logiciels du même éditeur. L'intérêt pour l'éditeur est évident, l'utilisateur ayant créé son fichier avec un logiciel sera obligé de toujours utiliser ce logiciel pour l'ouvrir ou le modifier... Parfois les spécifications du format sont publiées, mais une licence restreint les droits d'utilisation. Ces formats propriétaires ont un intérêt commercial mais sont néfastes à l'utilisateur, qui se retrouve lié à un éditeur.

C'est là qu'on arrive au format ouvert. Tout d'abord, qu'est-ce qu'un format ouvert ? La très contestée Loi pour la confiance dans l'économie numérique, ou LEN comporte quand même des points positifs, et en particulier définit le standard ouvert:

On entend par standard ouvert tout protocole de communication, d'interconnexion ou d'échange et tout format de données interopérable et dont les spécifications techniques sont publiques et sans restriction d'accès ni de mise en oeuvre.

Les formats ouverts permettent donc, à l'inverse des formats propriétaires, à votre document de pouvoir être lu par n'importe quelle application. Cela permet de ne plus être lié à un éditeur unique mais de pouvoir en changer; cela permet aussi de pouvoir communiquer ses documents à ses correspondant sans leur imposer l'achat d'un logiciel qu'ils ne veulent pas forcément utiliser. L'idée est la même dans le cas des protocoles: par exemple, le protocole de messagerie instantanée Jabber, ouvert, permet aux interlocuteurs de choisir leur logiciel de messagerie parmis tous ceux qui reconnaissent ce protocole, à l'inverse de MSN par exemple.

Je disais au tout début que le sujet était crucial pour l'avenir du numérique. En effet, le progrès technique se fera toujours, car il est interessant économiquement pour les entreprises. A l'inverse, le choix de standards ouverts ne l'est pas, la preuve en est Microsoft qui doit en partie son empire à ses formats propriétaires. Dans notre système capitaliste tout est dominé par les intérêts économiques, c'est pouquoi j'ai vraiment peur d'un monde dans lequel chaque grosse entreprise a ses propres formats propriétaires, et où l'utilisateur n'a aucune liberté. C'est ce qu'on voit par exemple dans le domaine des fichiers musicaux, où Microsoft a son format (wma), Apple a son format (aac), Sony a son format (Altrac)... tous étant bien entendu incompatibles. Toujours pour ces intérêts commerciaux , certains baladeurs ne lisent que certains formats, certaines sites d'achat de musique ne proposent que certains formats, bref, l'utilisateur est pris en otage, à cause de ces fameux formats propriétaires. Alors qu'il existe un format public (mp3) bien que soumis à licence et surtout un format complètement ouvert et libre, Ogg Vorbis, que je recommande.

Vous avez sûrement entendu parler de l'amende donnée par la commission européenne à Microsoft pour son abus de position dominante concernant Windows Media Player. Beaucoup disaient: Bah, ils ont bien le droit de fournir un lecteur audio avec leur système d'exploitation, et puis Windows Media Player sait lire les mp3 aussi ! Le problème était justement que Windows Media Player sait lire les mp3, mais ne sait écrire que des wma ! Résultat, les utilisateurs pouvant écouter beaucoup de formats de musique vont garder le logiciel de Microsoft, mais ne produiront que des wma (format propriétaire), donc seront obligés de rester sous Windows Media Player, et adieu la concurrence...

Les intérêts économiques poussant aux formats propriétaires, c'est à nous, consommateurs, de dire non et de favoriser les standards ouverts! C'est la seule solution, et c'est encore possible; il existe des formats ouverts pour à peu près tout, il faut absolument les utiliser. Si les utilisateurs le demandent tous, les éditeurs n'auront pas d'autre choix que de les utiliser aussi, s'ils veulent conserver leurs clients.

Pour plus d'informations, je vous conseille de visiter formats-ouverts.org. On en parle aussi beaucoup, et très intelligemment, sur LinuxFR (la philosophie des formats ouverts est proche de celle du logiciel libre).